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Sa descente
à vélo de la rue principale de Riquewihr, au pavé
redoutable, est un miracle chaque jour répété.
Sa manière de slalomer presque sans dommage à travers
la houle touristique relève de l'invraisemblable. Sa façon
d'annoncer son gymkhana rituel par l'usage compulsif d'une poire
en caoutchouc émettant d'irrésistibles "pouët-pouët"
et par le recours à cet autre avertisseur sonore que constitue
sa voix de stentor gueulant un sempiternel "achtung bicyclette
!", cette manière aussi assumée que rodée
d'amuser le touriste, en passant pour un bousculé du ciboulot,
tout cela fait de lui une fugitive et quotidienne attraction, au
coeur d'une des cités anciennes les plus fréquentées
d'Europe.
La peinture de ce Lorrain d’Alsace est aussi verte que son
patronyme. Il faut ici et surtout prendre le qualificatif dans son
acception figurée. Je veux dire qu’elle est certes,
assez souvent, couleur de printemps et donc d’espoir, mais
qu’elle est surtout culottée, cette peinture, impertinente
et spirituelle, comme la langue, verte, d’un Rabelais ou d’un
Queneau. Il lui arrive d’être lourde, mais c’est
quand l’artiste s’est assoupi dessus après une
libation phénoménale. Grün règne à
Riquewihr, depuis toujours peut-être, sur un chiche espace
fabuleusement encombré, une cour miraculeuse, à l’arrière
d’une demeure séculaire et impraticable, son «
atelier », dont le niveau d’origine relève de
l’archéologie et que des décennies de strates
successives élèvent en janvier 2007, à peu
près au niveau des gouttières trouées de ce
qui jadis pouvait encore passer pour des toitures. Il y fait retentir,
au rythme des visites qu’osent lui rendre les plus familiers
d’entre ses amis, un verbe d’une tonitruance presque
gargantuesque. Luc Grün est le plus méconnu des artistes
alsaciens-lorrains de tous les temps. Il revendique le statut de
maudit et en joue avec un bonheur qui le fait ronfler d’aise.
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