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Les premiers cailloux qu’il ramasse gonflent ses poches
d’enfant. La mère gronde, mais reste attentive et curieuse.
A 17 ans, le voilà qui fabrique un poisson minéral
: sa première mosaïque est là, qui annonce l’éclosion
d’un génie.
Il va pourtant falloir passer par
l’apprentissage d’un savoir-faire traditionnel. «
Meilleur ouvrier de France » en 1972, la convention du tableau
lui est d’abord nécessaire. Puis viennent des idées
d’empilement, d’enroulement, de carottage et de dentelle.
Sa mosaïque a muté vers la sculpture. Il y a du vide
et du plein, l’opacité s’est mise à dialoguer
avec la lumière. Des stèles se dressent, qu’on
croira fragiles, qu’on dira diaphanes, mais qui, paradoxalement
robustes, feront l’éloge de l’éphémère
et de l’instable.
Dès lors, il est devenu difficile
de commenter une œuvre de Gérard. Les mots ricochent
sur les tesselles multicolores et se dispersent dans le brouhaha
des vaines considérations.
Plus tard, le chant un peu rauque
du bestiaire roman le touche au point d’en envisager une traduction
personnelle. Paray-le-Monial le reçoit en 2005 et le consacre
comme un interprète majeur du mystère de la création
médiévale.
Auparavant, en 2004, la minuscule
chapelle inférieure de l’église fortifiée
d’Hunawihr aura connu, l’espace d’une Pentecôte
mémorablement lumineuse, la gloire trop brève d’une
série de cinq tableaux sur le thème de la crucifixion,
émouvante expo en miniature, que l’artiste a choisi
d’intituler « Le Christ en mémoire » et
dont l’écrin modestement gothique aurait tant voulu
prolonger l’exceptionnelle aura.
S’il fallait ne sauver qu’une
œuvre de Gérard, les autres ayant été
condamnées par on ne sait quelle monstrueuse et implacable
dictature esthétique, peut-être devrait-on s’attacher
à ce sublime « Sommeil des mages », qui apparaît
comme la conséquence émerveillée des efforts
d’affranchissement qu’accomplit depuis des décennies
l’un des artistes les plus inventifs de notre temps, pour
la plus grande exaltation des âmes ouvertes et disponibles.
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