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Le village qu'il fréquente
le plus, depuis de longues années, n'existait pas au temps
de ses premiers vagissements. À sa place était une
morne plaine, bosselée de terrils et hérissée
d'arbres décharnés. Sous cette plaine désolée,
la mine faisait "vivre" des milliers d'Alsaciens. La potasse
avait alors la cote et le gisement paraissait inépuisable.
Au début des années
1980, un quarteron de passionnés parvient à convaincre
les autorités d'y installer un village artificiel. La maison
à colombage alsacienne est alors menacée.
Trop de propriétaires la
sacrifient sur l'autel d'une modernité uniforme. Les bourgs
se vident au centre et les lotissements bourgeonnent aux périphéries.
Le sauvetage des colombages a démarré. Le projet d'un
éco-musée de maisons traditionnelles se concrétise
en 1984.
Robert y trouve sa place. On a besoin
d'un musicien déambulateur ! Il se dégote un costume
du 19ème siècle et le voilà parti pour arpenter
ce nouveau musée, dans toutes ses longueurs et largeurs,
à longueur de journée, pour le plus grand plaisir
des visiteurs. Sa barbe et sa bonhomie lui attirent le monde enfantin,
son talent d'accordéoniste séduit les adultes. Il
est le musicien "officiel" de l'Eco-Musée d'Alsace.
L'idée d'en faire l'accompagnateur
majeur des visites guidées musicales s'impose en 1988. Ses
dons d'improvisations, sa virtuosité, sa connaissance parfaite
du répertoire alsacien concourent très largement aux
succès de ces balades nocturnes.
L'accordéon lui est à
peu près consubstantiel, mais pour s'en délasser,
il lui arrive d'interroger un synthétiseur et de lui confier
ses inspirations. Un CD est sorti que, par excès de modestie,
il n'arrive pas toujours à défendre aussi efficacement
qu'il devrait.
L'Eco-Musée va peut-être
péricliter, victime d'un bien contestable "bioscope".
Le temps sera venu alors, pour notre Robert, de s'inventer un nouveau
destin qu'on lui souhaite plus riche encore et plus exaltant.
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