Sous les doigts de Pierre Bouyer, la musique du
temps de Mozart a des accents de ruisseau sylvestre. Elle rafraîchit
l'esprit et irrigue l'envie de vivre. Cet élève
d'Yvonne Lefébure tombe amoureux du pianoforte après
avoir longuement fréquenté le grand piano moderne.
Il décide d'en faire l'essentiel de sa vie d'artiste. Et,
afin de mieux évoquer l'ambiance des récitals de
la fin du 18ème siècle, il renonce à l'électricité
pour éclairer sa musique, lui préférant la
chaude lueur des chandelles.
De temps à autre, le violon classique de
sa compagne Nicole Tamestit apporte un surcroît d'énergie
et voici que l'on glisse de l'intimité solitaire du récital
à la subtilité "conjugale" d'un concert
à deux.
En 1996, Pierre Bouyer entame une intégrale
discographique de Mozart. Les premiers enregistrements sont salués
par la critique et même portés aux nues par la célèbre
revue Le monde de la musique où l'on trouve cette
appréciation de Michel Le Naour : "une interprétation
respectant les pleins et les déliés de l'écriture
mozartienne par un legato expressif, une clarté sonore,
un sens de la nuance, un jeu bien articulé".
Ses passages en Alsace restent mémorables,
même s'ils n'auront pas connu le succès d'affluence
qu'un tel talent eût mérité.
Magnifique concert en l'église fortifiée
d'Hunawihr, récital éblouissant au temple gothique
de Sélestat, douceur estivale à l'ancien arsenal,
puis en l'église gothique de la Sainte-Croix de Kaysersberg,
avec le souvenir particulier d'une sonate K 331 pétillante
comme un champagne de grand millésime !
Longue vie à cette fidélité,
si excellemnent servie par une rigueur virtuose dénuée
d'affectation