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| Le
plus singulier, le plus ébouriffant, le plus dérangeant,
le plus génial des poètes vivant sur le sol alsacien.
Sa syntaxe et sa ponctuation n’ont, me semble-t-il, pas d’équivalent.
Il écrit depuis près de cinquante ans et n’a
publié que trop peu de recueils. La poésie n’est
pas rentable. Et la langue de Klée ne séduit pas les
jeunes. Encore moins les aînés. Elle ne peut atteindre
que les gens qui n’acceptent pas la dictature de l’amiante,
du nucléaire, des OGM ou de la connerie télévisuelle.
Outre sa production, qui est immense mais trop largement inédite,
Klée offre régulièrement aux amateurs de littérature
des jugements enthousiastes sur les œuvres de ses confrères,
ainsi que les précieux souvenirs de ses déclamations
publiques, voix d’outre-limbes pour servir des poètes
immémoriaux.
Daniel Ehret |
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STRASBOURG...
(extrait de "Poëmes de la noiceur de l'occident"
)
ma ville a le visage d'üne vieille femme
qui jamais ne me dira qu'elle
m' aime ?... ses rüelles ridées
(les arbres-bras) les veines
bleutées la boule d'or de son oeil la fine
chevelüre
des acacias mimosés tout cela je ne m'en lasse
pas, le bleu clair des yeux la variété de sa...
conversation & la blondeur / dü / Soleil
qui caresse
les sourcils des galeries la peau blanche brüne
des vieilles maisons (les fleurs si rouges des greniers) la
statüe de Mozart qui hélas n'existe pas
encore & celle de Schiller ou Goethe
Balzac Rousseau &
Victor Hugo, — n'oublions pas le magicien Cagliostro
qui ?...
souvent je passe devant la madone qu'il aima, en
face de
la maison où Gustave Doré découvrit le
dessin / ô /...
fabüleuse Strasbourg citadelle béatifique
où l'on
inventa l'imprimerie & les meilleurs canons
d'Europe,
ville-des-Anges-dü-Démon (ni l'un ni
l'autre n'ont
existé) Vieille ville qu'ont connüe Albert-le-Grand
&
Dürer, le grand Albert Schweitzer (Calvinus)
Erasme de
Rotterdam, — oasis des persécütés
Jardin d'or de nos
DELICES, — tü es aussi la Ville de ma
mère Mathilde,
oui, la grande « île » que je n'ai
jamais pü
laisser derrière mes pas !...
© bf éditions, 1998 |
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Bibliographie : |
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L'Eté l'Eternité, poèmes,
Guy Chambelland 1970. |
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La Résurrection Alsacienne, poèmes,
Editions St-Germain-des-Prés, 1977. |
| • |
Le Sacrifice de Jean
Lumière contre Fessenheim-Hiroshima, théâtre,
chez l'auteur 1977. |
| • |
Lettre au jeune Fabien sur les douleurs
de notre temps, chroniques, suivi d'un Appel à
tous contre la bombe atomique, chez l'auteur 1979. |
| • |
Requiem sur l'Europe à son lit
de Mort, poèmes,
Editions St-Germain-des-Prés, 1983. |
| • |
Journal du fiancé, journal de
décembre 1979 à août 1980,
le Cherche-Midi éditeur 1985. |
| • |
Mon Coeur flotte sur Strasbourg comme
une rose rose, journal de novembre 1986 à février
1987, BF Editions 1988. |
| • |
Poèmes de la noirceur de l'Occident,
poèmes,
BF Editions 1998. |
| • |
Rêveries d'un promeneur strasbourgeois,
La Nuée Bleue, 2001. |
| • |
...Oh dites-moi Si
l'Ici-Bas sombrera ?..., Arfuyen, 2002 |
| • |
C'est ici le pays de larizza, BF, 2003. |
| • |
Trésor d'olivier larizza, Editions
des Vanneaux, 2008 |
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| La
poésie de Jean-Paul Klée redore et magnifie un blason
terni, celui du lyrisme. La poésie de Jean-Paul Klée
bande. Souvenez-vous: « La vie ! la vie ! bander, tout est
là. C’est pour ça que j’aime tant le lyrisme
» (Flaubert à Louise Colet – ajoutant par ailleurs
et malicieusement : « Je te baise partout. ») Il n’est
pas hasardeux de citer celui-ci, quand celui-là déclare
: « Et par-dessus tout, Flaubert ». Oui, poésie
d’énergie lyrique car toute tendue, vers les femmes,
les hommes, amoureusement et amicalement, amicalement et amoureusement,
vers nos frères humains parmi lesquels nous vivons, tendue
vers les autres, vers l’autre, dans tous les sens, tendue
vers l’Autre ; un long déploiement de générosité
; Jean-Paul Klée avoue une foi inébranlable en l’amour
et l’amitié. Pourtant, toute l’écriture
de Jean-Paul Klée (jusque ses journaux, lettres, chroniques,
son théâtre), vigoureuse et jubilatoire, et c’est
son admirable force, est sous-tendue par la douleur extrême
d’avoir perdu un père dans le camp de concentration
de Struthof en 1943; elle travaille un manque immense. Secoué
par un émoi durable, le fils porte le dernier souffle de
son père, et par lui, le souffle et la parole de tous les
pères et de toutes les mères et de tous les enfants
exterminés dans tous les camps de concentration ou à
Hiroshima ou au Vietnam ou en Serbie ou en Irak ou ailleurs. Il
est animé d’une incontestable volonté d’étreindre
la réalité la plus banale parce que dessous gisent
les cendres encore chaudes de l’innommable que l’égoïsme
humain menace de raviver; ce qui n’admet pas le refroidissement
ni la demi-mesure; alors, il parsème le poème d’ü,
et de… suivis d’ !!! et d’ ???, ô! Ses signes
de vie.
Nous lisons le flamboiement brutal d’une vision tragique du
monde et un non renoncement infatigable et conquérant, qui
parfois rappellent Agrippa d’Aubigné et ses blessures
ardentes qui sentent « La poudre, la mesche et le souffre.
» Écrire pour atteindre le coeur des hommes, une illusion
peut-être ; c’est pourquoi il n’y a d’autre
alternative que l’intensité et jusqu’à
rupture du sujet et mise en danger (militant jusqu’au-boutiste
contre les établissements scolaires dits Pailleron, hautement
inflammables). Jean-Paul Klée, écrit Valérie
Rouzeau, est un « poète-ha! » ; il transforme
le lecteur.
Jean-Pascal Dubost |
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